Révolution Blues. Charles Manson : une mythologie cinématographique états-unienne (1969 - …)

Auteurs-es

  • Christophe Becker Docteur, Université Paris 8, Chercheur associé au CRHIA (Université de Nantes), membre de l’ANR PIND Phd, Université Paris 8, Associated researcher at the CRHIA (University of Nantes), member of PIND

DOI :

https://doi.org/10.34874/PRSM.semeion_med-i9.47055

Résumé

Régulièrement caricaturé comme un continent « sans histoire », apparu comme instantanément avec l’arrivée de la flotte de Christophe Colomb aux Caraïbes à la fin du XVe siècle, l’Amérique cherche, depuis les transcendentalistes et la déclaration intellectuelle d’indépendance de Ralph Waldo Emerson (1885), à se bâtir une mythologie propre.

Parmi ces nouveaux mythes typiquement états-uniens, les journées du 8 au 10 août 1969 restent, sans doute, parmi les plus significatives comme les plus symboliques. C’est à ce moment que Charles Manson, à la tête d’un groupe baptisée « famille » (en l’occurrence Tex Watson, Susan Atkins, Linda Kasabian et Patricia Krenwinkel), orchestre l’assassinat de 6 personnes dans la maison du couple Roman Polanski / Sharon Tate à Los Angeles. Or, si ces meurtres ont une portée médiatique évidente, expliquée, en partie, par la célébrité de la victime Sharon Tate, le milieu artistique, et cinématographique en particulier, s’est rapidement emparé de la figure de Charles Manson pour construire une figure à la fois métaphorique et allégorique.

Manson inspire comme rarement auparavant bon nombre de cinéastes dont Wes Craven ou Lucio Fulci qui vont faire de lui le symbole d’une jeunesse issue du Flower Power qui refuse le Rêve Américain ; l’assassin devient, de son vivant, un personnage stéréotypique du cinéma et va intégrer une mythologie populaire au sens barthien de « message » et de « système sémiologique ».

C’est ce processus que nous étudierons plus attentivement, pour analyser les stratégies mises en place par un certain nombre de cinéastes pour dépasser Charles Manson l’individu (dépasser, donc, la reconstitution des meurtres) pour développer un mythe national à part entière, un « récit fabuleux » toujours en construction. Nous verrons également de quelle manière les actes commis par la « famille » ont pu, paradoxalement, revitaliser un pan entier du cinéma américain depuis le début des années 1970.

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Publié-e

02-03-2024