Langues et Langage, Vol. 1, No 1 (2020)

Le statut du langage dans le soufisme

Randa AMRAOUI, Jaouad SERGHINI

Résumé


Lorsque les soufis, mystiques de l’islam, s’expriment dans leurs écrits, ils montrent que leur principale préoccupation est de dire à quel point il leur est difficile de bien décrire leur science. Toujours inachevées, leurs explications sont pourtant l’unique moyen de les comprendre étant donné le caractère ésotérique de leurs enseignements. Chez les soufis, le langage se caractérise par une double dimension caché/ apparent, et parfois c’est un débordement (shath) à travers lequel le soufi va avouer quelque chose de manière qui semble peu orthodoxe. Ceci fut le cas du célèbre Husein Ibn Mansour al-Hallâj (m.922) exécuté justement { cause de ce que l’autorité politique voyait comme un manque de scrupule { l’égard de la Loi. Al-Hallâj, entre autres, a osé dire un secret de la communauté spirituelle et fut considéré par certains comme un martyr de l’amour mystique. Dans cette étude, nous tenterons de démontrer que le langage dans le soufisme est, à la fois, le point fort et le point faible de cette discipline. Il est nécessaire pour mettre en place un lien entre les soufis et l’autre, mais il est fragile de par son imperfection. Les soufis ne gardent pas délibérément le silence. Ils considèrent qu’ils sont dans l’obligation de taire le sacré parce que le langage manque son but.