Migration en période de conflit politico-militaire interne et apatridie sociale

Jerome KOUADIO, K.F KOUASSI, R. ASSI A, JB BEUGRE, N.K SONAN, K. DJAHA

Résumé


Les personnes qui se déplacent du fait de conflit politico-militaire ne sont pas souvent à mesure de justifier de leur identité. Cette absence de documents d’identité pourrait constituer pour les déplacés un obstacle à l’exercice de leurs droits sociaux. Cette "apatridie" sociale à laquelle seraient confrontés les migrants est loin d’être suffisamment étudiée.

Le présent travail se propose donc de comparer la proportion de personnes déplacées internes (PDI) qui ne possèdent pas de papiers d’identité à celle des PDI qui en ont. Il a porté sur 470 PDI dont 320 ayant un âge compris entre 18 et 59 ans et 150 enfants de 0 à 17 ans vivant à Abidjan. Le niveau d’apatridie sociale chez les personnes déplacées internes a été mesuré à travers un questionnaire en face à face.

Les résultats montrent que la proportion de PDI dépourvues de papiers d’identité est significativement supérieure à celle de leurs homologues qui en détiennent (81,49% contre 18,51%). La proportion des femmes PDI démunies de papiers d’identité est plus importante que celle des hommes déplacés internes (91,49% contre 71,49%). En outre, la majorité de ces personnes ne peuvent contracter des baux immobiliers ou réaliser des opérations bancaires (57,81% et 54,06% des PDI). Les enfants et les adolescents s’isolent comme les plus apatrides sociaux, comparativement aux adultes : 92,67% des enfants et adolescents de 0 à 17 ans ne peuvent soit bénéficier d’actes de naissance, soit s’inscrire dans un établissement scolaire.

De tels résultats mettent en évidence la négation des droits sociaux en l’absence de preuve d’identité. L’identification des personnes ne possédant de papiers d’état civil, notamment des déplacés, se révèle nécessaire à la réduction des frustrations sociales et par ricochet au développement d’une société humaine  moins encline à des conflits réguliers. 

Abstract

People who move through politico-military conflict are often unable to prove their identity. This lack of identity documents could constitute an obstacle for the displaced to exercise their social rights. This social "statelessness" facing migrants is far from sufficiently studied.

The present research therefore attempts to compare the proportion of internally displaced persons (IDPs) who do not have IDs with those of IDPs who have them. It covered 440 IDPs, 320 of whom were between 18 and 59 years of age and 150 children from 0 to 17 years old living in Abidjan. The level of social statelessness among internally displaced persons was measured through a face-to-face questionnaire.

The results show that the proportion of IDPs without ID is significantly higher than that of their counterparts (81.49% versus 18.51%). The proportion of IDP women with identity papers is higher than that of IDPs (91.49% versus 71.49%). Moreover, the majority of these people can not contract real estate leases or carry out banking transactions (57.81% and 54.06% of the IDPs). Children and adolescents isolate themselves as the most stateless socially, compared to adults: 92.67% of children and adolescents aged 0 to 17 can not either take birth certificates or enroll in a school.

Such results highlight the denial of social rights in the absence of proof of identity. The identification of people without civil status papers, including displaced persons, is necessary to reduce social frustrations and, consequently, to the development of a human society less prone to regular conflict.


Mots-clés


Apatridie – Identité sociale – Droits civils - Migration – Guerre

Texte intégral :

PDF

Renvois

  • Il n'y a présentement aucun renvoi.