Prévention primaire des traumatismes oculaires professionnels : état des lieux et recommandations

Z. Bounsif, M. Elbelhadji, A. Mabo, A. Mchachi, L. Benhmidoune, A. Chakib, R. Rachid, A. Amraoui

Résumé


Introduction : Les traumatismes oculaires occupent une place importante dans les urgences ophtalmologiques. Les accidents oculaires professionnels constituent 53 à 70 % des traumatismes oculaires globaux. Les traumatismes oculaires professionnels présentent un caractère urgent soit en raison du type de lésions qu’ils provoquent, soit par la gêne qu’ils engendrent. La prise en charge précoce de ces patients permet de minimiser la gravité des complications et des séquelles, et leur impact socio-économique.
Le but de ce travail est d’explorer les principales causes des traumatismes oculaires professionnels à Casablanca afin de formuler des recommandations pratiques de prévention primaire efficace selon les métiers.
Patients et méthodes : Étude analytique observationnelle de cas-témoins auprès de 6738 patients victimes d’un traumatisme oculaire de janvier 2015 à juin 2015 au service des urgences ophtalmologiques de notre CHU. Nous avons analysé les paramètres liés aux accidents oculaires professionnels. Nous avons recueillis les données concernant l’identification du patient, le type d’accident, les causes et circonstances de cet accident(activité au moment de l’accident), le port ou non de l’équipement de protection individuelle au moment de l’accident, l’état de conscience de l’employé au moment de l’accident (ivresse ?), la nature de l’agent impactant, la fréquence des accidents professionnels selon le type d’activité, la méthode de prévention en entreprise, la sensibilisation du personnel, et l’existence d’autres employés exposés aux mêmes conditions du travail.
Résultats : Nous avons recensé 5016 traumatismes oculaires professionnels ce qui représente 69% de l’ensemble des traumatismes oculaires. Les employés du bâtiment ont présenté le taux d’accidentés le plus élevé soit 39,5 %, suivis par les employés des secteurs de la métallurgie (21,4 %) et du bois (5,6 %). Le processus conduisant le plus couramment à un accident était le meulage (19,3 % de cas) et les agents traumatisant sont des corps étrangers métalliques (64.7 %). Concernant le siège des lésions, il existait une prédominance des localisations cornéennes (84.9 %) dominées par les érosions cornéenne post-ablation de corps étrangers (41,8 %). Nous avons enregistré un taux élevé de manque de sensibilisation (65,8 %). 72,9 % des patients n’étaient pas équipés de protection oculaire au moment de la survenue de l’accident. Enfin l’existence d’autres personnes exposées à la même condition de travail a été rapportée dans 4326 cas (86.2%).
Discussion et conclusion : La sécurité au travail et la qualité du travail sont des objectifs de valeur égale pour une entreprise. Malgré de nombreux efforts déployés depuis environ un siècle, notre étude montre que 73 % des accidents oculaires professionnels sont dus à la négligence : défaut de sensibilisation, port de lunettes de protection mal adaptées voir l’absence de port d’équipement de protection individuelle. Lorsque nous y associons les manques observés dans l’organisation des postes de travail, une évidence s’impose : un accent particulier doit être mis dans la prévention primaire. Nous proposons des recommandations pratiques et ambitieuses. Certes le risque zéro n’existe pas, mais nous sommes convaincus que l’application rigoureuse de ces recommandations nous en rapprocherait davantage pour le bien des yeux ; nos organes sensitifs les plus précieux.

Mots-clés


Traumatisme oculaire- Accident professionnel- Prévention

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